Mon chemin de créatrice

 

Mon premier souvenir de petite fille, c’est le soir, dans mon lit à barreaux et la petite musique de la machine à coudre de ma mère, une Elna verte qui sera ma première machine. En parcourant les albums photos, j’ai pu me rendre compte que la presque totalité de ma garde-robe avait été confectionnée par ses soins.

Hélas, elle est partie bien trop tôt pour pouvoir m’apprendre à coudre. Après son décès, l’année de mes quatorze ans, je me suis rendue chez ma marraine, qui était elle aussi une merveilleuse couturière et je lui ai demandé de m’initier. Je suis arrivée avec un velours bordeaux, un patron de jupe et lui ai dit: « montre moi! », ce qu’elle a fait et petit à petit, elle m’a enseigné les techniques, les trucs pour devenir autonome.Quelques années plus tard, j’étais capable de fabriquer mes propres vêtements et ceux de mes filles.

Mais pourquoi donc suis-je devenue créatrice de sacs et non couturière?

Cela date également de ma petite enfance. Ma mère était institutrice et j’avais l’habitude d’aller la chercher à l’école avec ma nourrice. Il paraît que j’étais fascinée par les cartables des élèves et répétais « sassac, sassac. »

J’ai toujours aimé les sacs à mains et en possédais un certain nombre, toujours assortis à la couleur de mes chaussures. C’était impératif. Mais à cette époque là, je n’avais jamais eu l’idée d’en fabriquer pour en faire mon métier. Et puis, arriva ce qu’on appelle « un accident de la vie » et j’ai divorcé du père de mes enfants.

Je donnais alors des cours de couture pour arrondir le montant de ma petite retraite, mais je ne m’éclatais pas vraiment. De temps à autres, je confectionnais des sacs pour mes amies et j’en étais complimentée jusqu’à ce que je me décide un jour à passer le cap grâce à une personne qui m’a un peu « bousculée » pour que je crée ma marque et à mes filles qui m’ont encouragée.

« Les Sacs de Sylvie » ont vu le jour et ma marque « Sylvie B » également.

C’est à ce moment là que j’ai compris ce que la création représentait pour moi, je passais de l’autre côté du miroir. Je n’était plus « imitatrice » d’un modèle, je devenais capable d’imaginer mes propres modèles, mes propres mélanges de couleur, mes propres mélanges de matières. Il m’ a fallu un peu de temps avant de pouvoir me présenter en tant que créatrice de sacs, ce fameux symptôme de l’imposteur qui fait que l’on doute de sa légitimité.

La création, c’est maintenant mon moteur de vie, j’ai besoin de cet espace pour m’exprimer .